• Lydie

Elle attend

Dernière mise à jour : 9 oct. 2019



Devant la maison

Elle attend près de la fenêtre.

Elle regarde de l'autre côté de la route, la maison aux volets bleus. Elle regarde toujours de l'autre côté de la route. De l'aube au crépuscule... Parfois même la nuit, elle regarde encore la petite maison aux volets clos, éclairée par un réverbère.

Elle écoute, croit entendre son souffle, sa respiration régulière... Le silence tout autour... Le monde s'éloigne d'elle. Son regard sur la petite maison, son regard fixe, plein de détermination, de force, de haine.

Sa haine comme un amour déguisé, le même cœur qui bat aussi fort que lorsqu'il aimait, le même cœur empli du même objet d'amour. Mais recouvert d'un voile sombre et humide.

Elle chuchote pour elle-même des mots incompréhensibles, des mots qui s'adressent peut-être à Lui... Qui ne s'adressent qu'à elle-même... ou à personne...

Elle murmure devant la vitre embuée ou se tait, reste sans bouger, sans ciller...

Parfois, sur son visage, passe un sourire, sur son corps le frisson d'un souvenir. Elle est emplie de son image, de son odeur, de sa voix, de sa chaleur... Elle est submergée d'émotions qui surgissent contre sa volonté et lui tordent le ventre.

Elle n'a plus faim, plus soif, ni chaud, ni froid... Son corps n'a plus de place pour d'autres sensations que celles qu'Il provoque.

Alors elle reste sans bouger et ne fait que chuchoter, les yeux fixés sur le petit bâtiment blanc, de l'autre côté de la route.

Des voitures passent, qui ne s'arrêtent jamais. Elle ne les voit pas. N'attend plus personne. N'attend plus rien.

Le même cœur, mais si lourd désormais... Sa haine comme un chagrin trop lourd à porter, un poids qu'elle voudrait lui donner, à Lui. Elle aurait voulu qu'Il lui prenne vraiment, ce cœur, qu'Il le lui arrache, qu'Il l'emporte avec lui pour qu'elle ne le sente plus battre si fort. Pour rien.

C'est de ça dont elle le hait. De l'avoir abandonnée en lui laissant encore la capacité de l'aimer.

Alors elle le cherche, l'observe, l'attend, l'espère... En silence, en secret...

Elle guette ses allées et venues, ses amies de passage... Elle cherche des preuves de sa présence, des indices sur la durée de ses absences...

La petite façade comme un écran géant sur lequel se jouent des films destinés à elle seule. Le cinéma du quotidien qui n'est plus pour elle que drames et renoncements.

Elle attend d'oublier ces scènes en noir en blanc qui tournent dans sa tête et dont elle revit sans cesse chaque geste, chaque mot...

Elle espère un faux pas, qu'elle ne saura pardonner cette fois...

Elle attend de le voir aimer, de le voir souffrir, de le voir détruit, anéanti, rongé de douleur...